PARIS (AFP) - Jacques Chirac a annoncé vendredi à la télévision qu'il allait promulguer la loi instaurant le très controversé CPE, tout en demandant un nouveau texte qui en modifiera les points contestés, mais sa décision a été immédiatement rejetée par les syndicats et l'opposition.

Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et président de l'UMP, a salué la "décision de sagesse" prise par Jacques Chirac.

Mais l'intervention présidentielle n'a pas convaincu les opposants au CPE. FO l'a jugée "incompréhensible et pas acceptable", la CGT a maintenu son appel à une journée d'action mardi et le dirigeant du Parti socialiste François Hollande a jugé qu'"on ne va pas vers l'apaisement".

Quant à François Bayrou, président de l'UDF, il a ironisé, relevant que "c'est la première fois dans l'histoire, à ma connaissance, qu'on promulgue une loi en demandant qu'elle ne soit pas appliquée".

Plusieurs milliers de personnes ont participé vendredi soir à Paris dans le calme à des manifestations pour protester contre la promulgation de la loi sur le CPE, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Dans une déclaration solennelle aux Français, le chef de l'Etat a annoncé qu'il avait "décidé de promulguer cette loi" parce que le Conseil constitutionnel l'a jugée "en tous points conforme aux principes et aux valeurs de la République", et parce que "le contrat première embauche peut être un instrument efficace pour l'emploi".

Son entourage a précisé que "le parapheur est sur son bureau" et que la loi devait donc être publiée au Journal officiel immédiatement, samedi ou dimanche.

Rappelant que la Constitution lui donnait la mission de "dénouer la situation en étant juste et raisonnable", après deux mois de protestations et de manifestations, Jacques Chirac a assuré avoir "entendu les inquiétudes qui s'expriment chez de nombreux jeunes et chez leurs parents".

Il a demandé "au gouvernement de préparer immédiatement deux modifications de la loi, sur les points qui ont fait débat".

"La période de deux ans sera réduite à un an. En cas de rupture du contrat, le droit du jeune salarié à en connaître les raisons sera inscrit dans la nouvelle loi", a-t-il énoncé.

Même si le mot n'a pas été prononcé, il s'agit d'une suspension de facto, car M. Chirac a précisé qu'il demandait au gouvernement de "prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu'en pratique, aucun contrat ne puisse être signé sans intégrer pleinement l'ensemble de ces modifications".

Soit les entreprises désirant signer un CPE intègrent ces deux modifications immédiatement, soit elles attendent la nouvelle loi qui viendra s'adosser à celle-ci. "Il est très improbable que les entreprises utilisent le CPE avant les modifications", juge l'entourage du chef de l'Etat.

L'Elysée estime que cette nouvelle posture "crée les conditions d'un apaisement" et que M. Chirac "ouvre une porte aux partenaires sociaux, aux étudiants et aux lycéens pour discuter des modalités des modifications annoncées".

M. Chirac a cependant reconnu que "le dialogue n'a pu aboutir" et il a déploré les "actes de violence et dégradations inacceptables" lors des manifestations anti-CPE.

Il n'en a pas moins apporté son soutien au Premier ministre, accusé d'intransigeance par les anti-CPE. "Dominique de Villepin a voulu offrir à tous ces jeunes des opportunités nouvelles pour l'emploi", a-t-il assuré.

Son entourage a souligné que les deux hommes avaient travaillé "en étroite liaison", démentant au passage les rumeurs selon lesquelles M. de Villepin avait mis sa démission en jeu.

Le chef de l'Etat a conclu en assurant qu'il n'y avait dans cette affaire "ni vainqueur ni vaincu".